Le gisement de Burgess
Ce gisement se trouve dans les Montagnes Rocheuses canadiennes, près de la frontière avec la Colombie Britannique. Situé à 2300 mètres d'altitudes et sous la neige une bonne partie de l'année, ce gisement est d'une telle importance que scientifiques et amateurs s'y relaient à la belle saison depuis des décennies.Il peut paraître curieux pour un novice que des formes fossiles d'origine marine se trouvent de nos jours aussi haut en altitude. Ce phénomène est pourtant très fréquent. Les évènements géologiques qui affectent constamment notre planète peuvent, en plusieurs millions d'années, déplacer des couches sédimentaires situées au fond de l'océan vers le sommet d'une montagne nouvellement créée. C'est ce qui s'est passé pour le schiste de Burgess et ses animaux fossiles.
L'intérêt de cette faune est son âge, ses 530 millions d'années nous ramenant peu de temps, à l'échelle géologique, après l'apparition et la diversification des premières formes de vie animales pluricellulaires. Cette phase de diversification, qui conditionne notre propre existence, est souvent dénommée « explosion cambrienne » en relation avec le caractère soudain de son apparition dans les strates fossilifères.
Des eaux grouillantes de vie
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Lors de son travail colossal, il mit à jour plus de 65 000 spécimens. Pourtant, le chercheur, désireux de classer ces organismes avec des formes actuelles au sein de groupes déjà définis, passa complètement à côté de tout l'intérêt du gisement : une grande partie des espèces de Burgess ne ressemblent en rien aux espèces actuelles, elles appartiennent à des groupes inconnus.
Ce n'est que dans les années soixante que les fossiles furent de nouveau étudiés et que l'on comprit l'enseignement fondamental de cette faune. Lors de l'apparition des premières formes pluricellulaires, l'évolution avait emprunté une multitude de voies et seules certaines d'entre elles sont arrivées jusqu'à notre époque. On comprit que la diversité des temps passés était beaucoup plus importante que ce qui avait été estimé jusqu'alors.
La faune de Burgess
On sait maintenant que les espèces fossiles de Burgess ne sont pas de proches parents des crustacés actuels, des limules, ou encore des insectes. Ce sont des formes nécessitant l'établissement de nouveaux groupes.
Une présentation de certaines d'entre elles suffira sans nul doute à vous convaincre.
Obapinia
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Pour commencer, Obapinia présente 5 yeux ! Deux paires d'yeux sont portées par des pédoncules mais le cinquième, isolé sur la ligne médiane, en est dépourvu. Une longue trompe cylindrique prolonge la tête. Cet organe souple devait servir à amener la nourriture jusqu'à la bouche, située plus en arrière. A l'extrémité de la trompe, un système de pinces permettait de saisir les proies. Le corps est segmenté, chaque segment portant latéralement des lobes auxquels s'attachent les branchies. L'extrémité postérieure présente elle-aussi des lobes, relevés et dirigés vers l'extérieur. Aucun des caractères précités ne permet de classifier Obapinia, c'est un animal pour lequel il faut créer un nouveau tiroir.
Nectocaris
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Anomalocaris
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C'est le plus grand prédateur du Cambrien. Ses deux puissants organes préhenseurs lui permettaient de capturer ses proies et de les porter jusqu'à sa bouche, située en position ventrale. Ces pièces sont à l'origine du nom de l'animal. En effet, les animaux de Burgess sont fréquemment fragmentés et les pièces de leur corps sont parfois éparpillées dans le sédiment. Les organes préhenseurs d'Anomalocaris avaient été trouvés isolés du reste du corps et identifiés comme une nouvelle espèce de crevette. Conscient de l'étrangeté de la supposée crevette, le descripteur lui avait donné un nom signifiant « étrange crevette ». D'autres parties du corps avaient également été identifiées comme des espèces à part entière (la bouche avait été confondue avec une méduse) et ce n'est que récemment que l'on résolut cet extravagant puzzle. Anomalocaris est maintenant bien décrit : Sa grosse tête présente deux yeux latéraux, une bouche ventrale circulaire et deux organes préhenseurs articulés. Son corps n'est pas moins curieux avec ses 11 lobes ventraux superposés qui assuraient vraisemblablement la locomotion du prédateur. Ce monstre miniature était sûrement le maître des eaux du Cambrien. Il appartient, comme les espèces précédentes, à un nouvel embranchement.
Wiwaxia
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Odontogriphus
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Hallucigenia
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L’aventure n’est pas terminée
Cette liste n'est pas exhaustive, de nombreux autres animaux hors-normes existant dans les strates du schiste de Burgess, mais ces exemples suffisent à démontrer les nombreuses pistes que la nature peut emprunter lors du jeu hasardeux des mutations. Les espèces qui existent de nos jours ne sont qu'une petite partie de l'immense diversité des formes ayant vécu sur terre. Le schiste de Burgess montre ainsi que l'évolution n'est pas dirigée et linéaire mais qu'elle est, au contraire, buissonnante et imprévisible. Et aussi que de tous temps des espèces sont apparues et d'autres sont disparues sans que l'homme n'ait pu avoir la moindre responsabilité.Article réalisé par Arnaud Filleul.